Lucien Bitaux

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Curriculum Vitæ

Portfolio

Diplômé de l’Ensad, Lucien Bitaux y a inventé la Scoposcopie, une discipline cherchant à représenter les dimensions imperceptibles. Il poursuit ce travail à propos du visible en résidence à la Cité internationale des Arts et au Fresnoy, studio national des arts contemporains. Il réalise alors le projet «Les Liminaux, métamorphose de l’être en sa vision». Naïvement, il cherche d’autres façons de capturer et de montrer le réel. Cette démarche expérimentale s’appuie sur la fabrication de ses propres instruments. La photographie, la captation par le biais d’optiques et la projection lumineuse incarnent ses médiums de prédilection. Aujourd’hui, il commence une thèse en création artistique intitulée «La représentation des dimensions imperceptibles — exploration critique des visualisations artistiques et scientifiques», co-dirigée par Nathalie Delbard et Melik Ohanian en partenariat avec le Fresnoy et l’université de Lille. Il a exposé dans plusieurs lieux, comme la Générale ou la Villette.

Artiste membre de l’ADAGP. Toute utilisation des œuvres de Lucien Bitaux doit faire l’objet d’une demande d’autorisation préalable auprès de l’ADAGP.



Texte de Joséphine Dupuy-Chavanat, commissaire d’exposition, septembre 2020 :

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Lucien Bitaux est un photographe-magicien. « La photographie est une sorte de magie – ou pour le dire autrement, la photographie produit des expériences cérébrales pour le regardeur qui sont équivalente à la magie »[1]. Au-delà de la nouvelle esthétique et du post internet chers aux photographes depuis les années 1990, Lucien est ancré dans le réel et dans la manipulation sensible de celui-ci. Il m’apprend le terme d’« acheiropoïete », une image qui ne serait pas réalisée par la main de l’homme. Cet aspect miraculeux de la photographie est le champ d’étude et d’expérimentation de Lucien. L’artiste est le maître d’œuvre d’un ensemble de dispositifs qu’il empreinte aux différents « -scopes » de la science : lensoscope, scoposcope, gyroscope… Tout est lié à ce que le regardeur a sous les yeux. Et ce que la machine photographique, avec ses lentilles, ses optiques, ses objectifs, permet de voir. Lucien Bitaux travaille sur la relativité de l’image à partir de ce qu’il appelle les « liminaux », c’est-à-dire « ce qui se trouve au seuil de la perception ». La peinture est composée d’huile ou de gouache étalées sur la toile, la sculpture constituée d’argile, de bois ou de bronze, la photographie quant à elle repose sur des lentilles invisibles, mais qui permettent de voir et de révéler une image. La magie dont parle finalement la commissaire d’exposition Charlotte Cotton reposerait sur cet aspect visible-invisible de la photographie.

Lucien Bitaux est un inventeur. Il a développé le perfogramme, « une technique d’enregistrement d’image incluse dans la matière, à la manière d’une diapositive, mais creusée », le laserographe, un outil hypnotisant aux « projections mouvantes qui forment de sortes d’aurores boréales en courbes de Bézier », ou encore les résonnances. Cette dernière est fascinante. Comprise dans une structure en aluminium et composée successivement de LED, d’un film polarisant, d’un plastique thermoformé et un second film polarisant inversé, les résonnances révèlent, lorsqu’on est face à elles, un paysage organique et flottant aux couleurs pétrole. Lucien joue sur ces effets d’optique en manipulant la lumière, la couleur et la matière pour créer une image iridescente que notre œil voit en relief.

Le projet en cours Les liminaux, la métamorphose de l’être en sa vision pousse Lucien Bitaux à aller toujours plus loin dans son procédé photographique. Il maîtrise étape par étape la réalisation de ses objectifs, les dispositifs de tirage numérique et argentique, et les modes de monstration des photographies. « L’objectif de ce projet, dit-il, est de représenter ce qui voit, le voyant ». Lucien a passé une semaine sur l’Île d’Ouessant muni d’une quarantaine de dispositifs optiques qu’il a lui-même fabriqué. Pour chaque prise de vue, l’artiste a installé devant l’appareil photo privé de son objectif initial ces lentilles découpées, moulées ou gravées. Lucien compose des combinaisons d’optiques placés à différentes distances et passe de longues heures à effectuer une minutieuse mise au point. Le résultat : un paysage altéré, renversé, désorienté. La succession des lentilles optiques dévoile une maison qui disparaît dans une sorte d’abstraction lumineuse, un rocher qui semble se fragmenter, une eau qui se trouble au contact de la roche… Au total, des dizaines de clichés que Lucien propose de tirer et de présenter de multiples manières : dans des boites lumineuses, tantôt tirés sur du papier clear (transparent) argentique, tantôt projetés sur d’autres photographies. Une dizaine de scènes photographiques cohabiteront dans l’espoir de proposer au visiteur des expériences visuelles inédites. Ouessant a la particularité d’accueillir 5 phares. Ce n’est peut-être pas un hasard, quand l’on sait, nous dit Lucien, que « le phare est en quelque sorte l’origine du visible et concurrence les astres dans la nuit ».

[1] Charlotte Cotton, Photography is magic, édition Aperture, 2015
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Les imageries exploratoires
— une mise en regard des visualisations astronomiques
et des pratiques photographiques expérimentales

En partant du constat qu’il existe des similitudes formelles entre les visualisations astronomiques et certaines pratiques photographiques expérimentales actuelles, cette thèse parcourt les façons de voir et percevoir contenues dans ce que nous nous proposons d’appeler les « imageries exploratoires ». Celles-ci, inscrites dans les domaines distincts de la science et de l’art, se rapprochent par leurs procédés de fabrication. Une symétrie voire une réversibilité s’installe entre les deux disciplines, dont il s’agit de définir le champ commun. Qu’elles proviennent de l’art ou de la science, les imageries dites exploratoires apparaissent suite à un acte de visualisation, mais sans que les formes qui les composent ne soient totalement maîtrisées ou connues d’avance. En ce sens, l’astronomie comme la photographie expérimentale découvrent des images qui sont à proprement parler des découvertes.
S’appuyant sur les notions d’habitabilité, de palpabilité et de minéralité des images, ce doctorat en création artistique interroge donc les processus d’apparition des incommensurabilités. De ces conversions en visibilités, un paradoxe naît, logé entre la finitude des images qui tiennent dans une main, et l’infinité des échelles macroscopiques et microscopiques qu’elles représentent. De telles visualisations nous permettent d’explorer des formes ou des éléments sans pour autant les avoir vus. Autrement dit, elles apparaissent tout en faisant apparaître. Cette ambivalence structure le travail de la thèse aussi bien dans sa part écrite que dans le projet plastique. L’installation artistique qui accompagne la recherche théorique vise à manipuler et produire de telles imageries en se construisant sur le modèle de l’observatoire astronomique, déplacé au champ de la création. L’étude s’inscrit ainsi à la croisée des arts, des sciences et de la phénoménologie pour prendre du recul sur la représentativité des images des dimensions imperceptibles, sur leur relation à l’objectivité, et surtout sur leur interaction avec l’acte de voir lui-même.

Présentation du projet de thèse