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Curriculum Vitæ
Portfolio
Lucien Bitaux est artiste et docteur en arts. En 2025, il soutient sa thèse sur la condition minérale de l’image photographique qu’il a mené entre le Fresnoy - studio national des arts contemporains (Tourcoing) et le Centre d’Études des Arts Contemporains de l’Université de Lille. Cette recherche aboutit à l’exposition Soleils mineurs au Centre régional de la photographie Hauts-de-France (Douchy-les-Mines) en 2025-2026. Diplômé de l’École nationale supérieure des arts décoratifs de Paris (ENSAD) en 2018 et du Fresnoy en 2022, l’artiste fabrique ses propres appareils de captation et de diffusion aux allures scientifiques. L’artiste réalise plusieurs résidences, notamment avec le programme européen STARTS et le Kikk (Namur, Belgique), avec les Ateliers Médicis en 2020, ou encore au Chili en 2023 avec les observatoires européens austraux (ESO).
Son travail est présenté dans des expositions personnelles, notamment à l’ADAGP (Paris) en 2023 et à la Fondation Vasarely en 2025 (Aix-en-Provence). Il participe aussi à des expositions collectives comme à La Villette (Paris) en 2019, au Fresnoy (Tourcoing) en 2020 et 2022, à l’Espace multimédia Gantner (Bourgogne), à l’Ososphère (Strasbourg) et à la Biennale Chroniques (Aix-en-Provence) en 2022. Suite à cette dernière, il reçoit le Prix Fondation Vasarely/Chroniques, en 2023. Lauréat du prix Révélation Art numérique – Art vidéo 2022 de l’ADAGP (Paris), il poursuit avec la biennale Artes Mediales (Santiago, Chili) en 2023 et des expositions à l’Atelier W (Pantin) en 2023, au Kunstenlab (Deventer, Pays-Bas) et au festival La Fabrique du Regard au Bal (Paris) en 2025.
Artiste membre de l’ADAGP. Toute utilisation des œuvres de Lucien Bitaux doit faire l’objet d’une demande d’autorisation préalable auprès de l’ADAGP.
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Texte de Joséphine Dupuy-Chavanat, commissaire d’exposition, septembre 2020 :
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Lucien Bitaux est un photographe-magicien. « La photographie est une sorte de magie – ou pour le dire autrement, la photographie produit des expériences cérébrales pour le regardeur qui sont équivalente à la magie »[1]. Au-delà de la nouvelle esthétique et du post internet chers aux photographes depuis les années 1990, Lucien est ancré dans le réel et dans la manipulation sensible de celui-ci. Il m’apprend le terme d’« acheiropoïete », une image qui ne serait pas réalisée par la main de l’homme. Cet aspect miraculeux de la photographie est le champ d’étude et d’expérimentation de Lucien. L’artiste est le maître d’œuvre d’un ensemble de dispositifs qu’il empreinte aux différents « -scopes » de la science : lensoscope, scoposcope, gyroscope… Tout est lié à ce que le regardeur a sous les yeux. Et ce que la machine photographique, avec ses lentilles, ses optiques, ses objectifs, permet de voir. Lucien Bitaux travaille sur la relativité de l’image à partir de ce qu’il appelle les « liminaux », c’est-à-dire « ce qui se trouve au seuil de la perception ». La peinture est composée d’huile ou de gouache étalées sur la toile, la sculpture constituée d’argile, de bois ou de bronze, la photographie quant à elle repose sur des lentilles invisibles, mais qui permettent de voir et de révéler une image. La magie dont parle finalement la commissaire d’exposition Charlotte Cotton reposerait sur cet aspect visible-invisible de la photographie.
Lucien Bitaux est un inventeur. Il a développé le perfogramme, « une technique d’enregistrement d’image incluse dans la matière, à la manière d’une diapositive, mais creusée », le laserographe, un outil hypnotisant aux « projections mouvantes qui forment de sortes d’aurores boréales en courbes de Bézier », ou encore les résonnances. Cette dernière est fascinante. Comprise dans une structure en aluminium et composée successivement de LED, d’un film polarisant, d’un plastique thermoformé et un second film polarisant inversé, les résonnances révèlent, lorsqu’on est face à elles, un paysage organique et flottant aux couleurs pétrole. Lucien joue sur ces effets d’optique en manipulant la lumière, la couleur et la matière pour créer une image iridescente que notre œil voit en relief.
Le projet en cours Les liminaux, la métamorphose de l’être en sa vision pousse Lucien Bitaux à aller toujours plus loin dans son procédé photographique. Il maîtrise étape par étape la réalisation de ses objectifs, les dispositifs de tirage numérique et argentique, et les modes de monstration des photographies. « L’objectif de ce projet, dit-il, est de représenter ce qui voit, le voyant ». Lucien a passé une semaine sur l’Île d’Ouessant muni d’une quarantaine de dispositifs optiques qu’il a lui-même fabriqué. Pour chaque prise de vue, l’artiste a installé devant l’appareil photo privé de son objectif initial ces lentilles découpées, moulées ou gravées. Lucien compose des combinaisons d’optiques placés à différentes distances et passe de longues heures à effectuer une minutieuse mise au point. Le résultat : un paysage altéré, renversé, désorienté. La succession des lentilles optiques dévoile une maison qui disparaît dans une sorte d’abstraction lumineuse, un rocher qui semble se fragmenter, une eau qui se trouble au contact de la roche… Au total, des dizaines de clichés que Lucien propose de tirer et de présenter de multiples manières : dans des boites lumineuses, tantôt tirés sur du papier clear (transparent) argentique, tantôt projetés sur d’autres photographies. Une dizaine de scènes photographiques cohabiteront dans l’espoir de proposer au visiteur des expériences visuelles inédites. Ouessant a la particularité d’accueillir 5 phares. Ce n’est peut-être pas un hasard, quand l’on sait, nous dit Lucien, que « le phare est en quelque sorte l’origine du visible et concurrence les astres dans la nuit ».
[1] Charlotte Cotton, Photography is magic, édition Aperture, 2015
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L’image minérale
— entre art et astronomie la rémanence des pierres
dans les visualisations et leurs imageurs
La condition minérale des images, appelée ici minéralité, dessine un champ iconographique commun aux expérimentations photographiques en art et aux visualisations astronomiques. Aussi bien dans les motifs proposés par ces représentations que dans leur processus de production, le minéral apparaît et opère. La minéralité invoque des dialogues d’échelles (astre / image de l’astre), de formes (substance concrète / figure abstraite) et de matières (photographie de mine / capteur fait de cristaux). Ces interactions se jouent entre les objets que l’on cherche à voir, les appareils qui enregistrent, et leurs images résultantes.
Les capteurs photosensibles en silicium, les cratères lunaires, les lentilles en verre, la granulosité du motif, les miroirs des télescopes en argent… les éléments inorganiques permettent de convertir l’invisible et le traduisent pour l’œil humain. Aussi, les pierres deviennent des sujets de représentation à part entière au moment de l’apparition de la photographie, fermant la boucle entre la matière de l’objet technique et sa production visuelle. À travers de nombreux cas d’études venus de l’art et de l’astronomie, la thèse propose une analyse très concrète des formes minérales (Images des minéralités) avant de fouiller les composantes tangibles qui rendent possibles ces visibilités (Minéralités des images). La symétrie de l’ensemble construit un palindrome photographique.
Ainsi, il s’agit de mesurer comment la minéralité s’inscrit comme un nœud visuel, matériel, sémantique, et même génétique, dans les imageries astronomiques et les expérimentations photographiques contemporaines. Pour ce faire, l’étude perpétue l’effet de miroir comme méthode et s’appuie sur deux axes d’approches : celui des mots et celui des formes. Elle se traduit par un texte théorique abordé par le prisme de la plasticité du langage et par une exposition des propositions artistiques menées pour cette réflexion.
La mise en avant historique de la lumière dans les écrits et les pratiques autour de la photographie semble quelque peu occulter la matérialité des images. L’oubli du minéral dans l’étude des visualisations soulève des questions de perception et de compréhension collectives des formes produites par nos appareils technologiques. La considération du lien entre les images, leurs imageurs, et leur environnement terrestre ou extraterrestre conduit la thèse à interroger la concrétude abstraite des imageries contemporaines. Le retour à la physicalité des figures captées — d’autant plus lorsqu’elles transcrivent les traces de phénomènes imperceptibles — s’impose comme un facteur essentiel à l’appréhension d’un monde de plus en plus perçu par le biais de ses représentations.
Le nombre de photographies fabriquées par l’humanité dépassera peut-être prochainement la quantité de cailloux sur Terre. La conversion irréversible d’un milieu géologique en images de ce même monde raconte toute la complexité, les paradoxes, et les implications de la production visuelle technicisée. La minéralité n’est pas une propriété neutre, elle conduit à replacer l’image dans le champ des objets matériels.
Introduction de la thèse